Taux directeur: les banques en alerte

À l’approche de l’annonce attendue d’une nouvelle hausse du taux directeur, les banques du pays contactent leurs clients hypothécaires vulnérables en vue d’éviter les défauts de paiement. 

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La Banque du Canada annoncera son prochain taux directeur le 26 octobre. Les économistes s’attendent à ce qu’il passe de 3,25 à 3,75 pour faire reculer l’inflation. En contrepartie, cela fera encore augmenter les taux d’intérêt et, dans certains cas, les paiements mensuels prévus ne couvriront même plus les intérêts.

«Nous avons envoyé des communications personnalisées à tous nos clients vulnérables, selon leur situation financière. On sait qu’il y aura d’autres hausses et on vérifie le besoin d’aide», précise Chantal Corbeil, porte-parole principale de Desjardins, en ajoutant que peu de ses membres se retrouvent en mauvaise posture.

Lorsque c’est le cas, différentes solutions peuvent être envisagées, comme l’augmentation des paiements mensuels, l’allongement de la période d’amortissement ou un paiement forfaitaire à la fin du prêt.

Selon la Banque du Canada, un tiers des ménages au pays ont un prêt hypothécaire, et 10% de cette fraction ont opté pour un taux variable. Chez RBC, cela représente 310 000 clients de partout au Canada. De ce nombre, 77 000, le quart, seront contactés parce que leurs paiements mensuels ne couvriront plus le remboursement des intérêts. Lorsque cela arrive, les paiements mensuels sont automatiquement augmentés. 

«Environ 4,4% de nos clients au Québec ayant un taux variable seront contactés dans le but de déterminer comment RBC peut les aider à trouver les solutions pour répondre à leurs besoins financiers», précise Jacqueline Taggart, directrice des communications corporatives de RBC. 

Des emprunteurs à taux fixe qui devront bientôt renouveler leur hypothèque pourraient aussi se retrouver en situation précaire. Depuis janvier 2022, le taux directeur de la Banque du Canada a grimpé de trois points. Pour une hypothèque de 300 000$, une augmentation de trois points de pourcentage d’intérêt représente 540$ supplémentaires dans le remboursement mensuel.

 

Les taux d'intérêt vont augmenter et ce n’est pas dramatique

 

Le taux directeur est un outil puissant de régulation de l'économie canadienne ayant, entre autres, un impact sur l'inflation ainsi que tous les taux d’intérêt. (Photo: 123RF)

BLOGUE INVITÉ. Dernièrement, on entend de plus en plus parler de futures hausses des taux d’intérêt, incluant les taux hypothécaires, surtout depuis que la Banque du Canada a annoncé le 27 octobre qu’elle prévoyait devancer au 2e ou au 3e trimestre de 2022 la hausse de son taux directeur, se situant à 0,25% depuis mars 2020.

À ce moment, le taux avait été baissé pour stimuler, à court terme, l’économie, dont l’immobilier, durant la pandémie. Toutefois, pour limiter le surendettement et la croissance excessive des prix de l’immobilier, il faut éventuellement le hausser.

Le taux directeur est un outil puissant de régulation de l'économie canadienne ayant, entre autres, un impact sur l'inflation ainsi que tous les taux d’intérêt. Il est donc normal que les économistes se creusent la tête pour décoder les messages du gouverneur Tiff Macklem. Au niveau des hypothèques, le taux directeur a une influence plus directe et immédiate sur les taux variables que sur les taux fixes.

Un exercice simple pour deviner les mouvements possibles à court terme des taux fixes est de surveiller les rendements des obligations du Canada. Pour déterminer leur taux hypothécaire pour un terme 5 ans, les banques ajoutent leurs frais et marges de profit au rendement des obligations du Canada.

Cette relation est relativement directe, mais pas nécessairement immédiate. Par exemple, les rendements ont augmenté depuis la fin septembre et la hausse des taux hypothécaires ne reflète que partiellement ce changement. Il est possible qu’il y ait d’autres hausses. Nul ne peut prédire avec certitude les variations futures de ces rendements. Ces obligations se négocient et sont sujettes à plusieurs autres facteurs.

 

Depuis quelques mois, la Banque du Canada avait commencé à réduire ses achats d’obligations du Canada et cela a contribué à faire monter les rendements obligataires. Ce n’est pas parce que les rendements ont augmenté récemment que l’on peut conclure qu'ils vont continuer à augmenter dans les prochains mois. Pour l’instant, les rendements obligataires sont toujours à un niveau très bas. Effectivement, il est possible d’obtenir une hypothèque à 2,2% pour un terme fixe de 5 ans.

 

Baisse de l’inflation à 2% d’ici la fin de 2022?

Une baisse à 2%, c’est ce que vise la Banque du Canada. Avec une inflation actuelle de 4,4% (5,1% au Québec), il est légitime de se demander si c’est réaliste.

À ce sujet, tous les économistes semblent s’entendre sur deux facteurs internationaux ayant un impact temporaire soit les perturbations des chaînes d'approvisionnement ainsi que le coût du pétrole qui, en 2020, rappelons-le, était relativement bas. Il revient donc à des prix prépandémie. La hausse annuelle est donc considérée comme élevée en 2021, ce qui ne devrait pas être le cas en 2022.

L’Europe et les États-Unis semblent également confiants de voir l’inflation descendre autour de 2% en 2022. Par conséquent, les directeurs des différentes banques centrales n’ont pas annoncé de hausses de leurs taux directeurs pour 2022.

Cependant, il me semble légitime de s’inquiéter de scénarios où l’inflation prendrait plus de temps à atteindre 2%. Particulièrement dans cette période de pénurie de main-d’œuvre, où les entreprises augmentent les salaires pour attirer et conserver des employés. Il est possible qu’ils augmentent également leurs prix.

«Le principal soutien de la Banque du Canada, soit l’achat d’obligations gouvernementales, se poursuit encore à ce jour et totalise plus de 330 milliards de dollars depuis le début de la pandémie. En rachetant massivement les obligations émises par le gouvernement canadien, la Banque du Canada crée de l’argent, tout simplement, et finance le déficit fédéral record. Cette intervention permet de soutenir les taux d’intérêt même sur les obligations à plus long terme du gouvernement», écrivait Ian Gascon en octobre dans Les affaires plus.


Toutefois, la Banque du Canada vient d'annoncer qu’elle va cesser d'augmenter cette somme et ne va racheter des obligations que pour remplacer celles qui viennent à terme. Même si le montant de 330 milliards va cesser de croître, un assouplissement quantitatif crée des pressions inflationnistes.

Comment réagir?

Il n’y a pas de recette miracle, mais une bonne connaissance de l’impact des hausses des taux et des mesures possibles vous permet de réduire votre niveau d’inquiétude. Desjardins prévoit deux hausses du taux directeur de 0,25% en 2022 et quelques autres en 2023.

 

Dans la plupart des cas, les frais d'annulation sont trop élevés pour rompre votre hypothèque à taux fixe avant la fin du terme. Vous devez donc attendre la fin de votre terme avant de prendre une décision. Pour réduire votre paiement hypothécaire, demandez la plus longue période d'amortissement permise. Convertir une hypothèque variable en fixe n’est pas nécessairement une bonne décision.

À l’achat, le montant du prêt hypothécaire accordé est calculé avec un taux de 5,25%. Le gouvernement, avec raison, exige que vous soyez en mesure d'absorber une hausse future des taux. Oubliez le passé. Vous n'aurez pas le taux hypothécaire à son plus bas historique, mais il sera quand même très bas. Par conséquent, demandez à votre banque une préautorisation hypothécaire pour geler votre taux.

Immobilier: la nouvelle taxe proposée pourrait décevoir

Le directeur parlementaire du budget estime que le gouvernement fédéral pourrait ne pas générer autant de nouvelles recettes fiscales qu’il l’espère de la taxe proposée sur les acheteurs étrangers d’immeubles résidentiels.

Dans le but de calmer un marché locatif en surchauffe au pays, les libéraux ont proposé d’instaurer une nouvelle taxe nationale de 1 % sur la valeur des immeubles résidentiels appartenant à des étrangers non résidents et considérés comme « vacants » ou « sous-utilisés ». Dans le récent budget, le gouvernement a estimé que cette taxe rapporterait 700 millions $ entre 2022 et 2026, une fois les détails finalisés et la mesure mise en place.

Mais dans un nouveau rapport, le directeur parlementaire du budget (DPB), Yves Giroux, croit que le gouvernement n’en tirera peut-être pas autant. Le bureau de M. Giroux estime les recettes globales pour cette période de quatre ans à un peu plus de 500 millions $, après avoir pris en compte la réaction de certains acheteurs à l’imposition de cette nouvelle taxe.

Mais le DPB prévient que ses estimations et celles du gouvernement pourraient changer en fonction du nombre de ces propriétaires qui devraient effectivement payer la taxe et ceux qui en seraient exonérés — comme un Américain qui posséderait par exemple une résidence secondaire à Whistler, en Colombie-Britannique.

Ajoutez à cela ce que M. Giroux appelle « l’information limitée et incomplète » sur la propriété étrangère d’habitations au Canada, et les chiffres définitifs pourraient bien être très différents des attentes du gouvernement fédéral.

 

Les entrepôts d’Amazon

Dans un rapport distinct, lui aussi rendu public jeudi, le bureau de M. Giroux estime qu’une proposition du dernier budget visant à percevoir la taxe de vente fédérale (TPS) sur certains produits placés dans les entrepôts d’Amazon rapporterait au gouvernement un peu plus de 1,6 milliard $ au cours des cinq prochaines années.

Cette mesure viserait à éliminer une échappatoire fiscale pour les biens invendus que les commerçants étrangers expédient au Canada, puis stockent dans des entrepôts de traitement de commandes jusqu’à ce que ces biens soient vendus et expédiés à des consommateurs canadiens.

La TPS est perçue sur la valeur de gros des produits lorsqu’ils franchissent la frontière, mais cette taxe de vente n’est pas toujours perçue par les vendeurs lorsque les produits sont ensuite vendus aux consommateurs.

La TPS serait maintenue perçue aussi sur la différence entre le prix de vente final et le prix de gros, déjà taxé.